Fiona Scott Morton, une Américaine consultante pour plusieurs Gafam, a été nommée chef économiste à la direction générale de la concurrence à la Commission Européenne. Des États membres choqués, des eurodéputés scandalisés, Emmanuel Macron dubitatif, F. Scott Morton s’est par conséquent désistée.
Cette nouvelle a fait l’effet d’une bombe à Bruxelles, à se demander s’il ne s’agit pas d’une mauvaise blague. Une non-européenne qui plus est consultante pour plusieurs Gafam comme Microsoft, Apple ou Facebook, des entreprises perçues comme les « ennemies » de l’Europe, notamment dû à la guerre de la protections des données, entre autres.
Hugo, journaliste, nous explique que le but premier de l’Union Européenne fut de créer un “troisième bloc”, contre le bloc des États-Unis d’un côté, et celui de la Russie de l’autre. L’époque de la guerre froide étant révolue, de nouveaux enjeux tiraillent l’Union Européenne : la protection de ces citoyens contre l’invasion des Gafam. « Je pense que prendre quelqu’un qui est consultant pour ces mêmes Gafam afin de s’occuper de la direction de la concurrence européenne, c’était ouvrir le ban de l’UE à ces entreprises. » ajoute-t-il.

En effet, la guerre des données fait rage en Europe, difficile de résister à l’envahisseur lorsque l’on compte 411 millions de comptes Facebook actifs en Europe. Pour ce faire, l’Europe instaura le Règlement général sur la protection des données (RGPD). Le 22 mai 2023, une sixième amende en 6 mois frappa Facebook pour non-respect du RGPD, pour la maudite somme de 1,2 milliard d’Euros.
Les data représentent un thème redondant dans le couple Europe versus Gafam, mais elles ne sont pas les seules à poser problème : pratiques anticoncurrentielles, contentieux sur la fiscalité, rémunération des médias, désinformation et haine en ligne… L’Europe n’est pas prête à se réconcilier avec les Gafam. Les amendes atteignent parfois des montants astronomiques, mais sont-elles vraiment efficaces ? Permettent-elles un changement durable ?
« Je grossis à peine le trait en le disant, mais c’est un peu comme si les Gafam plaçaient un espion au sein de l’UE. Ursula von der Leyen expliquait que Fiona Scott Morton aurait simplement un pouvoir consultatif, permettez-moi d’en douter. On ne prend pas quelqu’un qui a un parcours aussi brillant pour un rôle de consultant. »
Hugo, journaliste
La France demanda l’annulation du recrutement de F. Scott Morton. Emmanuel Macron s’indigna en effet de cette décision : « Si nous n’avons aucun chercheur européen de ce niveau, cela veut dire que nous avons un très grand problème avec tous les systèmes académiques européens. » Il ajouta en ce sens que les États-Unis et la Chine ne nomment pas d’Européens qui seraient au cœur de leurs décisions.
L’annulation n’a toutefois pas eu lieu car cette dernière renonce à ce poste. Margrethe Vestager, la commissaire en charge de la Concurrence, partagea les mots de F. Scott Morton sur Twitter. La commissaire indique qu’elle accepte cette décision avec regret, et espère qu’elle continuera à utiliser ses compétences extraordinaires pour renforcer l’application stricte de la concurrence.
« En se désistant, elle garde la face. On peut reprocher beaucoup de choses à Emmanuel Macron, mais je trouve honnêtement qu’il a eu la bonne réaction en exprimant son scepticisme face à cette nomination. » conclue Hugo.
Sources : Le Monde, Le Figaro, Tendances Trends, Public Sénat

